Après 3 semaines de débats publics, vendredi le 24 août 2012, la juge présidant le Tribunal Primero B de Mayor Riesgo, Irma Jeannette Valdés Rodas, a effectué la lecture de la sentence dans le procès concernant les évènements ayant eu lieu à la municipalité San Juan Cotzal le 1er novembre 2009. À la suite de ce verdict, José Pérez Chen, ancien maire de la municipalité, a été condamné à une peine d’emprisonnement de 82 ans. Cinq autres accusés ont aussi été déclarés coupables de délits mineurs et condamnés à des peines à purger dans la collectivité. Leur remise en liberté immédiate a donc été prononcée.
Le jugement relate les faits comme suit : le 1er novembre 2009 en matinée, alors qu’il traversait le parc central pour se réunir avec ses amis, Alejandro Santiago Rodriguez Rodriguez, fils de Pedro Rodriguez Toma, agent de la police nationale, est arrêté par des patrouilleurs et membres de la police municipale de transit. En raison de ses cheveux longs et de la couleur de ses habits, on le soupçonne de délinquance. Il fût amené dans une salle se trouvant au premier étage de l’ancien hôtel de ville, où on lui coupa les cheveux et où il fût frappé. Averti du sort de son fils, l’agent Pedro Rodriguez Toma arriva sur les lieux afin de savoir qui avait donné l’ordre de l’arrêter et de lui couper les cheveux. Le maire du village ordonna alors sa détention. Il fût frappé sévèrement et enfermé dans une prison clandestine surnommé « le cachot », où se trouvait déjà Pedro Gomez Pérez depuis la veille. Après avoir été exposé sur la place publique par le maire qui l’accusa d’être venu pour le tuer, il fût frappé de plus bel, à un point tel qu’il lui était impossible de tenir sur ses pieds ou de parler. Après avoir été enduit de gazoline, il fût de nouveau exposé sur la place publique, où il fût brûlé et décéda.
Lors de la lecture du jugement, la juge a souligné l’extrême barbarie et la pulsion perverse avec lesquelles les actes violents ont été accomplis. Elle a mentionné qu’il est inconcevable qu’un maire agisse tant arbitrairement et que ce dernier avait les capacités de décerner le bien du mal et savait parfaitement ce qu’il faisait et l’avait d’ailleurs planifié d’une manière malicieuse. En plus de n’avoir en aucun cas tenté d’arrêter le cours des faits afin d’éviter le pire, il avait orchestré le tout afin de faire une démonstration publique de son pouvoir absolu sur la population du village, faisant fi des autorités étatiques.
Le maire a été déclaré coupable à titre d’auteur de détention illégale avec circonstances aggravantes à l’encontre de Pedro Gomez Perez, Pedro Rodriguez Toma et Alejandro Santiago Rodriguez Rodriguez, pour lesquelles il a été condamné à une peine de 3 ans pour chacune des victimes, soit un total de 9 ans ; d’abus d’autorité à l’encontre de Diego Sambrano Rodriguez, qui a filmé la scène de la place publique et agissait à titre de plaignant associé dans l’affaire, et d’Alejandro Santiago Rodriguez Rodriguez, pour lesquels il a été sanctionné à 3 ans de prison pour chacune des victimes, soit un total de 6 ans ; de discrimination à l’encontre de la personne d’Alejandro Santiago Rodriguez Rodriguez, pour laquelle il a été condamné à 2 ans d’emprisonnement et à une amende de 1,000 quetzals ; d’exécution extrajudiciaire à l’encontre de Pedro Rodriguez Toma, pour laquelle une peine de 25 ans de prison a été ordonnée, et ; de torture à l’encontre de Pedro Rodriguez Toma et de torture et plagiat ou enlèvement à l’encontre de Pedro Gomez Perez, pour lesquels l’ancien maire a reçu une peine de 40 ans d’emprisonnement. En tout, José Pérez Chen a reçu une condamnation de 82 ans de prison. De plus, l’ancien maire a été condamné au paiement de la somme de 225,000 quetzals à titre de réparation dans l’action civile entreprise par chacun des trois plaignants associés : Diego Sambrano Rodriguez, Pedro Gomez Perez et Ana Rodriguez Itzep, à titre d’épouse du défunt et mère d’Alejandro Santiago Rodriguez Rodriguez.
Cinq autres habitants du village ayant eu une implication dans les tristes faits ont été trouvés coupables de délits tels qu’instigation à commettre un délit et détention illégale avec circonstances aggravantes. Il s’agit de Teresa Sanchez Sanchez, Antonio Rodriguez Medina, Pedro Rodriguez Sambrano, Juan Toma Perez et Nicolas Toma Perez. Par contre, ceux-ci ont été immédiatement libérés et doivent purger leur peine dans la collectivité, c’est-à-dire qu’ils devront se rendre chaque mois devant le juge de paix de leur municipalité afin de signer les livres officiels. Dans le cas où ils omettraient de se soumettre à cette exigence, ils seraient immédiatement incarcérés.
Cette sentence revêt un caractère historique pour le pays considérant que, malgré tous les événements ayant eu lieu dans le triste passé du Guatemala, il s’agit du premier jugement prononcé pour le crime de torture sur le territoire national. Dans sa décision, le tribunal s’est référé non seulement à l’article de la législation où le crime est codifié, mais aussi aux instruments internationaux, telle que la Convention contre la torture et autre peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, afin d’élargir la définition de la torture contenue dans le code pénal guatémaltèque.