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ASF fait le point sur le processus de démobilisation des paramilitaires avec des intervenants du secteur judiciaire à Barranquilla en Colombie


Le 15 juillet 2009, les coopérants volontaires d’ASF ont assisté à Barranquilla à une audience de contrôle des garanties, menée par la juge Zoraida Anyul Chalela, dans le cadre du processus de démobilisation des paramilitaires régi par la Loi 975 de 2005 appelée « Loi justice et paix ». À cette occasion, un dirigeant paramilitaire appartenant au front Resistencia Tayrona du Bloque Norte des Autodéfenses unies de la Colombie (AUC) a confessé des crimes de meurtres et autres délits commis dans le cadre d’un complot.

En vertu de la Loi 975 de 2005, les paramilitaires sont, en quelque sorte, invités à confesser leurs crimes en contrepartie d’une peine moindre que celle qui pourrait leur être imposée sous le régime du droit commun. Plusieurs organisations non gouvernementales estiment que le processus mis en place par cette Loi 975 de 2005 constitue en réalité une façon de soustraire les paramilitaires à leur responsabilité pénale pour les crimes qu’ils ont commis. En pareilles circonstances, la Cour pénale internationale pourrait décider de se saisir de la situation de la Colombie pour se substituer à la justice pénale colombienne. C’est dans cette optique mais aussi dans le but d’évaluer la participation des victimes qu’ASF observe de très près les audiences tenues dans le cadre du processus judiciaire de démobilisation à Bogotá, Medellín et Barranquilla.

Ce même 15 juillet mais également le lendemain, les coopérants d’ASF ont rencontré différents acteurs du processus de la Loi 975 de 2005 pour discuter des résultats de sa mise en œuvre dans la région de Barranquilla.

Les magistrats ont émis quelques réserves à l’égard du processus. L’un d’entre eux estime que le bureau du procureur (la Fiscalía) ne fait pas suffisamment d’efforts pour s’assurer que les témoignages de confession des paramilitaires reflètent la réalité. Par ailleurs, les magistrats s’inquiètent de l’extradition des chefs paramilitaires vers les États-Unis. Ils déplorent également le formalisme des procédures et la longueur des délais pour traiter chacun des dossiers.

Contrairement aux magistrats, les représentantes de la Fiscalía ont dressé un portrait plutôt positif de l’avancement des travaux. Les procureures se sont déclarées satisfaites des résultats obtenus jusqu’à ce jour. Les chiffres parlent cependant d’eux-mêmes : sur les 1167 paramilitaires démobilisés du Bloque norte (l’un des six blocs paramilitaires de la région des Caraïbes), seuls 543 ont confessé des crimes. Or, plus de 20 000 faits délictuels ont été reconnus.

La représentante de la Procuradoría (la représentante des intérêts de l’État) a déploré le manque de collaboration de la part de la Fiscalía. Elle s’inquiète de l’absence d’accompagnement psychosocial des fonctionnaires affectés au processus de la Loi 975 de 2005.

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Les coopérants volontaires d’ASF ont profité de leur présence dans le département de l’Atlántico pour rencontrer deux avocats menacés dans l’exercice de leur profession et des victimes du conflit armé. Ils ont également animé, en compagnie d’Alirio Uribe du Colectivo de abogados José Alvear Restrepo, un atelier sur la Cour pénale internationale avec les avocats défenseurs publics de Barranquilla.


 

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