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ASFC participe à un forum public à l’Université d’Antioquia sur les poursuites pénales abusives à l’endroit des défenseurs des droits humains

Le campus de l’Université d’Antioquia – le département le plus peuplé de Colombie (après le « district-capitale » de Bogotá) – à Medellín est verdoyant et très animé en ce 6 août 2009.  La session académique bat son plein et, à première vue, ce qui s’y déroule n’est pas différent de ce que l’on peut voir dans les universités d’Europe ou d’Amérique du Nord :  les étudiants discutent dans les cafés, lisent étendus sur les pelouses, font du sport , vont en classe ou en sortent.

L’étranger que je suis remarque cependant rapidement ce qui distingue clairement ce campus de ceux  où je me suis déjà rendu par le passé : des peintures murales aux couleurs vives ornent les façades des pavillons universitaires, des fresques qui représentent ici des leaders étudiants assassinés,  là des professeurs détenus dont on exige la libération. Ces œuvres d’art sont accompagnées de slogans comme « Prohibido olvidar » (Il est interdit d’oublier) ou « El pensamiento crítico no es terrorismo » (La pensée critique n’est pas un acte torroriste)

Comme tant d’autres institutions d’enseignement en Colombie, l’Université d’Antioquia a historiquement été le théâtre d’affrontements entre les mouvements étudiants dits progressistes et les forces de l’ordre, qui n’ont jamais hésité à les associer à la guerrilla. Des manifestations monstres y ont eu lieu, tout comme des vigies visant à commémorer les victimes qui y évoluaient au moment de leur disparition ou de leur capture.

Profitant de la présence à Medellín d’une délégation d’Avocats sans frontières Canada (ASFC) qui, le matin même, avait convoqué au Palais de Justice, conjointement avec la Corporación jurídica Libertad et l’Association colombienne des avocats défenseurs des droits humains Eduardo Umaña Mendoza (ACADEUM), un atelier auquel ont participé une vingtaine de juristes appartenant à des organisations aussi diverses que le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques (CSPP), l’Organisation des Indigènes d’Antioquia et la section départementale du syndicat des employés du système judiciaire (Asonal judicial), le Comité de derechos humanos « Gustavo Marulanda » (CDHGM) prit l’initiative d’organiser un forum public sur la question du droit à une défense pleine et entière en matière pénale.  A cette occasion, des avocats du CSPP ont notamment présenté la situation de la Fundación Sumapaz, une organisation communautaire  qui fait l’objet d’une surveillance étroite de la part des forces de l’ordre et dont un employé à été arrêté en mai dernier et accusé de rébellion, sur la base de rapports de renseignement… préparés conjointement par la police judiciaire et l’armée, dont elle est en principe complètement indépendante. Il est vrai qu’à Medellín, la division 74 de la Fiscalía est sise dans l’enceinte de la base de la 4ème brigade, une réalité difficilement réconciliable avec le concept de séparation des pouvoirs, la Fiscalia faisant partie du pouvoir judiciaire et étant par conséquent chargée de mener ses propres enquêtes.  

Cette discussion s’insérait dans une programmation plus large parrainée par le CDHGM, qui comptait notamment un séminaire international sur le phénomène des disparitions forcées en Amérique latine.  Il est à noter que Gustavo Marulanda est un leader étudiant qui a été assassiné en 1999 devant son domicile, selon toute vraisemblance sur ordre des forces paramilitaires qui, encore aujourd’hui (mais sous une autre raison sociale…), disent vouloir épurer le secteur universitaire de toute influence subversive.

C’est un euphémisme que d’affirmer que le milieu universitaire demeure aujourd’hui au cœur d’une lutte d’influence entre les forces belligérantes qui se font face en Colombie. Dans un pays où la neutralité n’a pas (plus ) droit de cité, les libres penseurs qui osent remettre en question les politiques gouvernementale en matière de sécurité et de gouvernance font trop souvent l’objet de persécutions.  Les représentants d’ASFC qui se sont rendus en juin à Bucaramanga ont pu constater que la récente diffusion d’une conversation téléphonique entre le recteur de l’Université industrielle de Santander (UIS) et un paramilitaire au cours de laquelle le premier a accepté de remettre au second une liste des professeurs et étudiants dits « de gauche » qui deviendront des « objectifs militaires », n’a pas empêché sa réélection….
 

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