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Mission ASF Canada en Colombie….suite

La deuxième semaine de la mission d’ASF Canada (ASFC) en Colombie, conduite par Me L’Anglais et Me Rousseau, s’est déroulée dans le département du  Valle del  Cauca,  particulièrement à Buenaventura, Cali et Popayán auprès des communautés afro-colombienne et autochtones Nasa et Yanacona.

Buenaventura est un important port de transbordement de marchandises donnant directement accès au Pacifique, prisée autant par les commerçants que par les trafiquants. La communauté  afro-colombienne de cette région est représentée par 32 organisations communautaires réparties sur autant de territoires tout au long de la côte pacifique, mais dont les titres de propriété collective sur certaines d’entre elles font toujours l’objet d’âpres négociations avec les autorités gouvernementales colombiennes. Ces territoires aux accès privilégiés sur la mer sont, on l’aura compris, convoités par les  groupes armés illégaux qui n’hésitent pas à assassiner, faire disparaître et à déplacer sans vergogne les membres de cette communauté pour s’approprier leurs terres et s’adonner – avec, nous dit-on, la complaisance sinon la collusion manifeste des forces publiques – au trafic des drogues illicites.

Les Afro-Colombiens comptent pour un peu plus de 4% de la population de 45 millions de Colombiens, mais ils sont proportionnellement plus touchés par le conflit qui perdure depuis plus de 45 ans, car ils composent  plus de 30% des victimes assassinées, disparues ou déplacées. ASFC et son partenaire le Colectivo de Abogados José Alvéar Restrerpo (CAJAR) ont mis à profit cette première visite à Buenaventura pour jeter les bases d’une coopération future en matière d’accompagnement juridique national et international avec l’organisme régional afro-colombien, le Palenque Regional el Congal,, à l’image de ce qu’ASFC effectue cette année auprès des communautés indigènes Awa deu Nariño et Nasa du Cauca.

Par la suite, ASF s’est déplacé à Cali, capitale du Valle del Cauca, pour participer à des sessions de formations données par Mme Judith Maldonado  (ACADEUM) en matière de planification et de gestion des risques à l’intention d’une vingtaine d’avocats et défenseurs de groupes particulièrement vulnérables que sont  les syndicalistes, les personnes transgéniques, gaies et lesbiennes (TGL) et les femmes déplacées qui composent la grande majorité des quelques 4.5 millions de déplacés présents en territoire colombien, et qui sont trop souvent victimes de violence sexuelle… exercée parfois simultanément avec l’assassinat des hommes de leur famille. Crimes contre l’humanité? Sans doute…surtout à la lumière du caractère systématique, organisé et ciblé de ces exactions!

ASFC a brossé à leur intention un tableau du système pénal accusatoire au Canada ainsi que l’organisation du Barreau, comme outil institutionnel d’importance dans le système judiciaire au Canada. Les avocats en Colombie n’étant pas constitué en Barreau national, ceux-ci sont particulièrement isolés et vulnérables en l’absence d’une institution qui puisse les représenter au plus haut échelon de l‘État.

À la sortie de cette formation, les membres d’ASF ont pu avoir un entretien avec le Défenseur du peuple du Valle del Cauca, M. Andrés Santamaria, qui soulignait que pas moins de 40% des quelque 8000 cas annuels qui lui sont référés d’office en raison de l’incapacité financière des demandeurs,  et dont il doit se saisir avec le soutien des 170 défenseurs publics (avocats embauchés à contrat) sont reliées au conflit armé.  M. Santamaria admet que l’État n’avait pas le contrôle entier du territoire colombien, ce qui contribue à l’impunité dont bénéficie la majorité des auteurs d‘homicides, enlèvements, disparitions, exécution extrajudicaires et viols et grossesses forcées commis dans la région par les parties au conflit. Si l’on regarde le seul cas des Nasas, on constate que pas moins de 108 membres de leur communauté ont été assassinés  depuis le début de l’année. Rappelons-le, dans son rapport 2008 sur la situation des communautés autochtones, l’ONU déplorait le chiffre incroyable de 1 980 morts et de plus de 70 000 déplacés pendant les dix dernières années.
 

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