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Des organisations haïtiennes commémorent la « Journée nationale du souvenir à la mémoire des victimes de Fort Dimanche »


Port-au-Prince - Des activités visant à commémorer deux massacres perpétrés en 1963 et 1986 sous le régime des Duvalier ont eu lieu le 26 avril dernier à Port-au-Prince. Cette initiative de plusieurs organisations de droits humains en Haïti et de l’Office de la Protection du citoyen (OPC) avait notamment pour objectif de perpétuer la mémoire de ces atrocités et de sensibiliser les plus jeunes générations aux conséquences de ces tragédies qui demeurent encore, à ce jour, impunies.

La présence d’ASFC à ces activités s’inscrit dans le cadre du projet Accès à la justice et lutte contre l’impunité en Haïti (AJULIH), lancé en 2017 et qui vise à renforcer la protection des droits humains des personnes en situation de vulnérabilité, notamment les femmes, les mineur(e)s et les détenu(e)s.


Pourquoi insister sur le devoir de mémoire?


Depuis 2015, la « Journée nationale de souvenir à la mémoire des victimes de Fort-Dimanche » prend forme à travers des activités commémoratives, telles que des conférences, des débats et des expositions de photos des victimes qui permettent de sensibiliser la population haïtienne aux défis actuels de la lutte contre l’impunité et qui insistent sur la nécessité de renforcer les capacités des institutions de la justice dans le pays.

 

Un participant s'adresse aux différents panélistes au cours du débat dans les bureaux de l'Offrice du protecteur du citoyen (OPC). 26 avril 2018.

 

Au cours d’un débat mené dans les bureaux l’Office de protection du citoyen (OPC), le professeur d’histoire et ancienne victime du régime, Victor Benoit, a fait une description poignante de son passage à Fort Dimanche, situé dans le département de l’Ouest, construit par les Français pendant la colonisation et transformé sous la dictature des Duvalier en prison, en lieu de torture et d’exécution massive.

« Quand on nous sortait de  nos cellules exiguës pour l’interrogatoire, malgré les sévices corporels et psychologiques subis, nous étions soulagés car c’était l’unique occasion que nous avions pour nous dégourdir les jambes et voir d’autres personnes » a raconte l’ancien ministre des Affaires Sociales et du Travail (MAST).

A côté des arrestations et des exécutions sommaires, le régime avait aussi recourt aux enlèvements. « Un climat de terreur régnait sur tout le pays. La dictature a poussé à l’exil de nombreux professionnels et  a réduit au silence toutes les forces capables de réfléchir » a poursuivi M. Victor avant d’appeler l’assistance composée de représentants d’organisation de défense des droits humains à s’unir et se mobiliser pour éviter que de tels épisodes ne se reproduisent.

Au cours d’une autre activité organisée par la Fondation Devoir de mémoire et destinée à des centaines d’élèves de 18 écoles de Côte-Plage, à Carrefour, Marguerite Clérié, présidente de la Fondation, a particulièrement mis l’accent sur la nécessité, pour les Haïtiennes et les Haïtiens, de continuer à exiger le droit à la justice et à la vérité sur les nombreuses exactions commises sous la dictature.

« Un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir » a-t-elle soutenu tout en déplorant l’inexistence d’un musée permettant au Haïtiennes et aux Haïtiens de mieux connaître cette période sombre de leur histoire.


32 ans après la dictature, la lutte contre l’impunité doit se poursuivre


Pour la responsable de la Commission épiscopale nationale justice et paix (Ce-Jilap), Joceline Colas Noël, mis à part certains acquis sur le plan de la liberté d’expression, des droits civiques et des droits politiques, la situation n’a guère évoluée. Les régimes ont changé mais l’impunité persiste car, selon elle, le système judiciaire est toujours aussi inefficace.

«  Des gens meurent et disparaissent mais rien n’est fait. Les auteurs des crimes du passé ne sont pas inquiétés », a dénoncé la défenseure des droits humains. Elle en a profité pour encourager les autres organisations présentes à la conférence à combattre l’impunité.

« Il y a tout un discours sur la corruption mais rien sur l’impunité. Continuons à exiger pour forcer l’État à réagir » a-t-elle lancé aux représentants des organisations de droits humains qui participaient à la conférence.

 

La représentante du Ministère public en discussion avec le huissier, audiences d’appel dans le dossier de Jean-Claude Duvalier, Port-au-Prince, Haïti, 2014. © Marcelo Riveros

 

Rappelons qu’en avril 2014, la mobilisation des victimes et des organisations de la société civile devant les tribunaux s’étaient soldés par l’obtention d’un jugement de la cour d’Appel d’Haïti sur le dossier Duvalier et consorts, décision qui a reconnu la prohibition des crimes contre l’humanité en Haïti tout en rappelant que l’Etat haïtien a l’obligation d’enquêter sur les crimes allégués et, le cas échéant, de les punir.


Un engagement renouvelé d’ASFC pour l'accès à la justice et lutte contre l’impunité en Haïti


Dans le cadre de son engagement en Haïti, ASFC appuie depuis 2011 des actions visant à soutenir et accompagner les victimes de la dictature dans leur quête de justice.

La plus récente collaboration menée dans le cadre du dossier Duvalier et de la lutte contre l’impunité a été la participation d’ASFC et de ses partenaires de la société civile haïtienne à la 167ème audience de Cour Interaméricaine des Droits l’Homme (CIDH) en mars dernier, en Colombie, au cours de laquelle a été déposé un mémoire portant sur les défis et enjeux de la lutte contre l'impunité dans le pays.

 

167e audience de la Cour interaméricaine des droits de l'Homme, Mars 2018.

 

ASFC souhaite qu’au terme de ce projet la lutte contre l’impunité s’appuiera sur un système de justice renforcé, ainsi que sur des organisations de la société civile mieux outillées dans leurs efforts de plaidoyer auprès des institutions et autorités concernées. ASFC souhaite que cette mobilisation en faveur d’une plus grande mise en œuvre des droits humains favorise l’obtention de victoires judiciaires à l’endroit des principaux responsables de graves violations des droits humains commis au cours des années Duvalier.