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Être une personne LGBTI en temps de pandémie

La communauté LGBTI hondurienne faisait déjà face avant les mesures de confinement à de fortes problématiques de stigmatisation et de discrimination. Durant les dix dernières années, l’Observatoire de morts violentes de personnes LGBTI, géré par la Red Lésbica Cattrachas, une organisation partenaire d’ASFC, rapporte plus de trois cents assassinats, dont la grande majorité demeure impunie.

La vulnérabilité des personnes LGBTI s’est toutefois accrue depuis le début de la pandémie. Le Comité pour la diversité sexuelle au Honduras écrit ainsi dans un récent communiqué que la crise affecte de façon disproportionnée les minorités sexuelles et de genre, notamment en raison de leur exclusion systématique tant sociale qu’économique. 

Les personnes LGBTI semblent en effet passer entre les mailles du filet social mis en place par l’État hondurien. En raison de leur employabilité difficile, plusieurs se tournent malheureusement vers l’économie informelle, notamment en se prostituant ou en exerçant des emplois précaires, ce qui les empêche d’avoir accès à divers avantages sociaux. Cela sans compter l’accès aux soins de santé et aux médicaments, déjà difficile en raison de la discrimination dont font l’objet les membres de la communauté LGBTI, et qui se voit dramatiquement renforcé dans le contexte actuel. 

La proclamation de l’état d’urgence au Honduras, et la suspension de plusieurs droits qui en résulte, a considérablement exacerbé les difficultés rencontrées par les personnes LGTBI. Les violations des droits humains commises par les forces de l’ordre et les militaires à leur encontre ont en effet augmenté de manière notable depuis le début de la pandémie. L’ONU a d’ailleurs affirmé avoir observé que certains corps policiers instrumentalisent les mesures sanitaires visant à combattre la COVID-19 pour s’en prendre directement aux organisations LGBTI. 


À lire aussi: Tuées sous les coups de la haine : la violence du quotidien des personnes LGBTTTI au Honduras


Gabriela Redondo, directrice du Collectif Unidad Color Rosa, a ainsi été arrêtée et intimidée par la police hondurienne alors qu’elle avait quitté son domicile pour se procurer de la nourriture. Elle a notamment été détenue par les autorités pendant plusieurs heures, et ce sans avoir accès à un avocat. Des organisations LGBTI affirment qu’il ne s’agit pas là d’un cas isolé, plusieurs cas de harcèlement contre des personnes LGBTI par les forces de sécurité ayant été documentés.

À voir: Qué es ser LGTBI en Honduras, un vidéo réalisé récemment par l’organisation medicusmundi Bizkaia afin d’expliquer les défis auxquels sont confrontées les personnes LGBTI au Honduras (en espagnol).

 

Quels droits pour la communauté LGBTI? 


Les principes de Jogjakarta constituent un outil de plaidoyer important pour la communauté LGBTI dans la mesure où ils précisent les obligations qui incombent aux États en matière de droits humains fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Le deuxième principe définit la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre comme :

toute distinction, exclusion, restriction ou préférence fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre qui a pour but ou pour effet d’invalider ou de compromettre l’égalité devant la loi, ou la protection égale devant la loi ou la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, dans des conditions d’égalité, des droits humains et des libertés fondamentales. 

À cet effet, les principes de Jogjakarta indiquent que les États doivent notamment :

A. Inscrire dans leur constitution nationale ou dans toute autre disposition législative appropriée les principes d’égalité et de non-discrimination fondées sur l’orientation sexuelle et sur l’identité de genre, si ce n’est déjà fait, y compris au moyen d’amendements et d’interprétations, et assurer l’application effective de ces principes; [...]

C. Adopter des dispositions législatives ou toute autre mesure pour interdire et éliminer la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les sphères publique et privée;

D. Prendre des mesures appropriées pour assurer comme il convient l’avancement des personnes aux diverses orientations sexuelles et identités de genre de sorte à garantir à ces groupes ou à ces individus une jouissance ou un exercice égal des droits humains. De telles mesures ne devront pas être considérées comme discriminatoires; [...] 

 

Cattrachas, toujours en action 


Depuis le recensement des premiers cas de la COVID-19 au Honduras, les personnes contaminées - ou parfois simplement soupçonnées d’être contaminées - et leurs familles ont été confrontées à une vague d'actes haineux. L’organisation Cattrachas, partenaire d’ASFC au Honduras, est attentive à la situation. Assurant principalement la protection des droits de la communauté LGBTI hondurienne, l’organisation lutte en effet au quotidien contre la discrimination des personnes et communautés marginalisées. En réponse au contexte actuel, Cattrachas a entamé une campagne de sensibilisation afin de prévenir une potentielle escalade de discours et d’actes haineux envers les personnes atteintes du coronavirus. (Consulter la campagne)

Toujours en action, Cattrachas poursuit en parallèle ses démarches auprès de la Cour interaméricaine des droits de l'homme (CoIDH) dans le dossier de Vicky Hernández, une femme trans assassinée lors du coup d’État en 2009. En cas de jugement favorable, le Honduras sera tenu responsable de féminicide d’une personne trans, une importante avancée jurisprudentielle et une première historique pour la CoIDH. Un dossier à suivre. 

Tout savoir: This activist group is taking on the state of Honduras in the first trans femicide court case

 

Parce qu’aucune crise ne peut dénaturer le caractère fondamental des droits humains. 

 


État d’alerte est une série d’articles surveillant le respect des droits humains durant la crise de la COVID-19. Retrouvez l’ensemble de notre couverture ici: https://www.asfcanada.ca/medias/impacts-covid19-dh/

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