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Protection difficile des défenseur.e.s des droits humains

La situation des défenseur.e.s des droits humains est une question qui transcende la crise de la COVID-19, et ce, partout dans le monde. Leur profession en fait des cibles privilégiées et ils sont souvent victimes d’assassinats, de disparitions forcées, de torture, de traitements cruels, inhumains ou dégradants, de détentions arbitraires, de menaces physiques et numériques, de répression, de déplacements forcés, de harcèlement et de stigmatisation. Dans son rapport sur la situation des défenseur.e.s des droits humains de 2019, les Nations Unies dénombraient 431 homicides en 2017 et en 2018, soit environ huit assassinats par semaine, de défenseurs des droits humains, de journalistes et de syndicalistes, une augmentation inquiétante par rapport aux dernières années. (source

 À lire: Le procès Berta Cáceres 
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Le contexte actuel, et plus spécifiquement la proclamation de l’état d’urgence dans plusieurs pays, exige une vigilance accrue du respect de leurs droits. Les défenseur.e.s des droits humains doivent en effet demeurer capables, malgré la situation exceptionnelle, de poursuivre leurs efforts de documentation des violations des droits humains et de plaidoyer en faveur du respect par leur État de ses obligations internationales. 

Les mesures adoptées en réponse à la crise ne doivent par conséquent pas viser à les faire taire ou à entraver leur travail, que ce soit par des arrestations, en limitant leur accès à l’information concernant la situation ou en leur présentant un portrait trompeur de celle-ci. Ils doivent, plus que jamais en cette période trouble, demeurer un réel contrepoids démocratique. Les États restent en effet tenus de protéger les défenseur.e.s des droits humains contre les violences, menaces ou représailles et de réaliser des enquêtes diligentes afin de trouver les responsables des violations commises à leur endroit.

 

Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie


L’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques prévoit que : «Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie». Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine et doit être protégé par la loi.

Concernant le droit à la vie des défenseur.e.s des droits humains, le Comité des droits de l’homme des Nations Unies explique que : 

« l’obligation de protéger le droit à la vie exige des États parties qu’ils prennent des mesures de protection spéciales en faveur des personnes en situation de vulnérabilité dont la vie est exposée à un risque particulier en raison de menaces spécifiques ou de schémas de violence préexistants. Sont concernés notamment les défenseurs des droits de l’homme [...]. Les États parties doivent réagir promptement et efficacement pour protéger les personnes qui sont exposées à une menace spécifique, en adoptant des mesures spéciales telles que la mise en place d’une protection policière permanente, la délivrance d’ordres de protection et d’éloignement contre des agresseurs potentiels et, dans les cas exceptionnels et uniquement avec le consentement libre et éclairé de la personne menacée, la détention à des fins de protection. [...]

L’article 6 renforce également l’obligation qu’ont les États parties en vertu du Pacte et du Protocole facultatif de protéger contre toutes représailles les personnes qui œuvrent à la promotion, à la protection et à la réalisation des droits de l’homme, notamment en coopérant ou en communiquant avec le Comité. Les États parties doivent prendre les mesures nécessaires pour réagir aux menaces de mort et fournir une protection adéquate aux défenseurs des droits de l’homme, et notamment créer et maintenir un environnement sûr et propice à la défense des droits de l’homme ». 

(Comité des droits de l’homme des Nations Unies,Observation générale (no 36 (Article 6 : droit à la vie), CCPR/C/GC/36, 3 septembre 2019, par. 23 et 53)

 

La défense des droits humains, une vocation dangereuse


En Colombie

Temps de crise ou simple réalité quotidienne, il est dangereux de veiller à la défense des droits humains en Colombie. Depuis la signature de l’accord de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-EP) au début 2017, on répertorie 271 assassinats de défenseur.e.s des droits humains. Entre janvier et mars 2020, on recensait déjà 24 défenseur.e.s des droits humains ayant perdu la vie au nom de leur profession. 

La déclaration de l’état d’urgence en réponse à la propagation de la COVID-19 en mars dernier n’a fait qu’exacerber la situation. Les forces de l’ordre et le système de justice, surmenés par la crise, semblent encore moins en mesure d’assurer la sécurité et la protection des défenseur.e.s des droits humains. On observe depuis une augmentation des menaces et, en moins d’une semaine, trois activistes ont été assassiné.e.s par des escadrons de la mort profitant du confinement pour trouver leurs victimes.

 

Au Honduras

Le 2 avril, alors que l’état d’urgence était déjà en vigueur au Honduras, Iris Argentina Álvarez Chávez, défenseure des droits humains, a été assassinée lors d’une violente expropriation de la communauté Los Chacos. Depuis près d’un an, cette communauté occupait en effet des terres qu’elle réclamait devant la justice. Le personnel d’une entreprise de sécurité privée a procédé à leur expulsion en ouvrant le feu et en déclenchant des incendies qui ont conduit à la destruction des biens des membres de cette communauté. Trois autres personnes ont été blessées lors de l’incident.

 

Berta Cáceres en 2015 (© colloud, libre de droits sur Flickr)
Berta Cáceres en 2015 (© colloud, libre de droits sur Flickr)

 

 

À lire aussi: Le procès Berta Cáceres

Le 2 mars 2016, Berta Cáceres, défenseure des droits des peuples autochtones et activiste environnementale, a été assassinée à son domicile au Honduras. Berta Cáceres était reconnue pour sa lutte contre le modèle extractiviste et son dévouement pour la défense des droits humains. Son assassinat a été un véritable choc pour la population hondurienne. Elle est immédiatement devenue 

ASFC et ses partenaires honduriens ont contribué activement à ce que les auteurs de ce crime soient traduits en justice.

En savoir plus

 

 

 

La COVID-19 ne doit pas faire disparaître les enjeux critiques de droits humains.

Parce qu'aucune crise ne peut dénaturer le caractère fondamental des droits humains. 

 

Pour aller plus loin


Colombie

 

Honduras

 


État d’alerte est une série d’articles surveillant le respect des droits humains durant la crise de la COVID-19. Retrouvez l’ensemble de notre couverture ici: https://www.asfcanada.ca/medias/impacts-covid19-dh/

 

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