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Violence conjugale et sexuelle : une pandémie silencieuse

Tous ne sont pas égaux face à la crise de la COVID-19. 

Les mesures de confinement mises en oeuvre dans certains pays jettent une lumière crue sur toutes les formes d’inégalités, et notamment en matière de violences basées sur le genre. L’accès même à des lieux de confinement où les droits fondamentaux tels que la sécurité, l’égalité et la vie privée sont respectés n’est, hélas, pas le même pour tous les groupes, certains étant  d’autant plus vulnérables en temps de pandémie. C’est notamment le cas des femmes et des filles, principales victimes de ce type de violence.

ONU Femmes décrit la violence basée sur le genre comme une « pandémie silencieuse ». Cette situation est exacerbée par la crise sanitaire que nous traversons. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a d’ailleurs lancé un appel mondial à protéger les femmes et jeunes filles confinées « à la maison ». Dans plusieurs pays, les plus récentes statistiques dressent un portrait alarmant des violences faites aux femmes.

 

Quelle réponse aux violences basées sur le genre ?


La violence basée sur le genre est une forme de discrimination et se définit notamment comme « la violence exercée contre une femme parce qu'elle est une femme ou qui touche spécialement la femme. Elle englobe les actes qui infligent des tourments ou des souffrances d'ordre physique, mental ou sexuel, la menace de tels actes, la contrainte ou autre privation de liberté » (Recommandation générale No 19, (onzième session, 1992), par.6).

Le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes explique que

la discrimination au sens de la Convention n'est pas limitée aux actes commis par les gouvernements ou en leur nom [voir art. 2 e), 2 f) et 5)]. Par exemple, aux termes de l'article 2 e) de la Convention, les Etats parties s'engagent à prendre toutes mesures appropriées pour éliminer la discrimination pratiquée à l'égard des femmes par une personne, une organisation ou une entreprise quelconque. En vertu du droit international en général et des pactes relatifs aux droits de l'homme, les Etats peuvent être également responsables d'actes privés s'ils n'agissent pas avec la diligence voulue pour prévenir la violation de droits ou pour enquêter sur des actes de violence, les punir et les réparer. (CEDAW, Recommandation générale No 19, par.9)

Dans la Recommandation générale no 28, le Comité rappelle que les obligations des États subsistent même en contexte d’état d’urgence et que ces derniers doivent adopter des mesures afin de répondre aux besoins particuliers des femmes.  


À lire aussi: Le droit à la santé affecté en Amérique centrale


Dans le contexte actuel, la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) a d’ailleurs demandé aux États de renforcer les services offerts aux femmes victimes de violences basées sur le genre, en particulier la violence conjugale et sexuelle, pour répondre à la hausse anticipée d’incidents de cette nature dans un contexte de confinement. La CIDH demande également aux États de garantir la disponibilité et la continuité des services de santé sexuelle et reproductive malgré la pandémie, et de diffuser l’information pertinente en ayant recours à des médias accessibles au plus grand nombre et en employant un langage accessible à l’ensemble des femmes. (résolution 1/2020 Pandémie et droits humains dans les Amériques)

 

Le confinement, un danger amplifié pour plusieurs femmes


 

Avant  la pandémie, plusieurs pays faisaient déjà face à des enjeux importants de violences basées sur le genre. En Colombie par exemple, la dernière Enquête nationale de démographie et santé révèle que trois femmes colombiennes sur dix ont été ou sont victimes de violence physique. Au Guatemala, il ne se passe pas dix minutes sans que le Ministère public ne reçoive une plainte de violence à l'égard les femmes.

Les mesures prises par les États en réponse à la COVID-19 tendent à amplifier cette problématique. Au Salvador, vingt jours seulement après le début des mesures restrictives de circulation, l’État avait déjà reçu, plus de 200 plaintes portant sur des violences contre des femmes ou d’autres violences intrafamiliales, auxquelles s’ajoutent quatre cas de féminicides rapportés par les organisations de la société civile.

 

 

 

 

L’état des lieux est semblable en Colombie : entre le 20 mars et le 4 avril 2020, dates concordant avec le début du confinement obligatoire, les appels téléphoniques de demande d’aide ont pratiquement doublé.


En savoir plus sur le contexte colombien en temps de COVID-19


Un bilan encore plus dramatique à prévoir ?

Déjà inquiétantes, ces données ne présentent pourtant pas un portrait complet de la réalité. L’isolement peut en effet être un obstacle supplémentaire à la recherche et l’obtention d’aide pour les victimes, ces dernières étant généralement confiné.e.s avec leurs agresseur.e.s. Au Guatemala par exemple, le Ministère public a noté une diminution inquiétante des trois quarts du nombre habituel de plaintes relatives à des violences faites aux femmes durant le mois de mars. Une situation qui ne se traduit sans doute pas par une baisse des actes de violence, mais plutôt par une absence de dénonciations.

Il en va de même de l’impact économique de la crise actuelle, qui risque indéniablement d’augmenter la dépendance économique des femmes victimes de violence. Dans ce contexte, il semble indispensable que les États adoptent des mesures tenant compte spécifiquement de l'égalité des genres, et portent une attention particulière aux effets directs que la pandémie a sur les personnes en situation de vulnérabilité.

 

ASF Canada en action

Nos équipes basées dans nos pays d’intervention, notamment au Guatemala et au Honduras, sont déjà à pied d’œuvre pour mettre en place des mesures d’aide pour les femmes victimes de violences basées sur le genre en période de confinement. ASFC et ses partenaires participent en ce sens à une campagne de sensibilisation à la situation des femmes au Guatemala et en Colombie

 

Pour aller plus loin


 

Parce qu’aucune crise ne peut dénaturer le caractère fondamental des droits humains.

 


État d’alerte est une série d’articles surveillant le respect des droits humains durant la crise de la COVID-19. Retrouvez l’ensemble de notre couverture ici: https://www.asfcanada.ca/medias/impacts-covid19-dh/
 

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