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Des femmes de Santander, Norte de Santander et Cesar tissent le chemin vers la paix

Catégories : Publications spéciales


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Santander

Le département de Santander fait partie intégrante de la région andine, dans la région nord- oriental du pays. Il se trouve approximativement à 500km au nord de Bogota, près de la frontière avec le Venezuela. Selon les projections de l’institut gouvernemental DANE, il compte plus de 2 millions d’habitants en 2018. 

À Santander, les rapports entre les paramilitaires et les acteurs publics ont débuté au début des années 90, alors qu’on rapporta que des membres du Parti libéral faisaient affaire avec des membres de groupes paramilitaires, tel que les dénommés Autodéfenses unies de Colombie (Autodefensas Unidas de Colombia), lesquelles parviendront à s’implanter à travers la région vers la fin de cette décennie. 

Cette région est caractérisée par son activité économique importante, étant une des régions avec les plus grandes richesses au pays, dû à ses sources minières et de pétrole significatives, ce qui en a fait une zone fortement touchée par le conflit. En effet, Santander représente le deuxième département le plus affecté en terme de nombre de morts en raison d’un massacre, d’un assassinat ciblé ou de combats (entre 7 et 9 % dans chacune catégorie) durant le conflit armé.

Les tensions se poursuivent à l’heure actuelle dû au fait que plusieurs groupes armés, tels les narcotrafiquants, groupes paramilitaires et groupes apparentés à des entreprises étrangères, considèrent ce département comme étant hautement stratégique pour le contrôle des ressources naturelles. 

Tout comme dans d’autres régions du pays, on observe à Santander une grande exclusion socioéconomique des femmes. En 2009, on indiquait que trois fois plus d’hommes que de femmes possédaient un emploi au sein de la population âgée de 25 à 49 ans. En effet, la principale activité de la majorité de ces femmes (65 %) demeure les tâches au foyer. De plus, selon les chiffres du gouvernement du département, on rapporte plus de 3 000 femmes victimes de violence basées sur le genre à Santander durant l’année 2017.  

Tenant en compte ce contexte, combiné à la présence de groupes armés et le haut niveau de menaces répertoriées auprès des leaders sociaux et défenseurs de droits humains dans la région, Santander demeure une zone à risque dont l’expérience du conflit armé peut apporter d’importantes leçons en ce qui a trait aux défis auxquels il faut faire face au sein du processus de paix.


Norte Santander

Le département de Norte de Santander est situé dans le nord-est de la Colombie, dans la région andine, et est limitrophe au Venezuela. Selon le recensement de l’institut gouvernemental DANE, la population estimée du département est de 1.4 million d’habitants en 2018.

Cette région fut toujours caractérisée par ses flux migratoires importants avec le Venezuela, générés d’abord par la proximité et les opportunités économiques au Venezuela, mais plus récemment par l’aggravation du conflit armé colombien au final du 20e siècle ainsi que la crise socio-politique vénézuélienne. Les flux depuis la Colombie sont le résultat d’un processus d’expulsion violent, conséquence de la violence sociopolitique établie par les acteurs armés illégaux et les forces de l’ordre, affectant de fait l’accès aux services publiques ainsi que la sécurité de la population.

Sa localisation géographique et ses ressources naturelles abondantes font de Norte de Santander une zone stratégique pour les groupes illégaux. En effet, selon Wilfredo Cañizares, directeur-exécutif de la Fundación Progresar, Norte de Santander, et plus spécifiquement la région du Catatumbo à l’intérieur de ce département, demeure une zone fortement affectée par les affrontements entre groupes armés d’intérêts divers, incluant certaines multinationales, en lutte pour le contrôle des ressources minières et énergétiques.

Il existe deux épisodes marquants du conflit armé au sein de cette région : d’abord, la présence et les activités extensives des groupes guérilleros à partir des années 80 jusqu’à 2000. Ensuite, le contrôle paramilitaire, débutant avec l’entrée du Bloque Catatumbo des Autodéfenses unies de Colombie à la ville de Tibu en 1999 (lequel a été démobilisé en 2004) et l’établissement postérieur de différentes structures paramilitaires et belligérantes. Cela, combiné à la crise du Venezuela, marquée par le phénomène de disparition forcées de Vénézuéliens en territoire colombien, a réanimé la traite de personnes ainsi que le trafic de personnes et de biens, facilitant également le recrutement de mineurs vénézuéliens au sein des rangs de divers groupes paramilitaires.

Ainsi, la situation de violations aux droits humains demeure une source de préoccupation majeure. Durant les six premiers mois de l’année en cours, le Centre d’investigation et d’éducation populaire (CINEP – acronyme espagnol) rapporte plus de 599 victimes et 656 cas de violation aux droits humains dans l’ensemble du pays, desquels 91 ont eu lieu dans la région du Catatumbo, c’est-à-dire presque un septième des incidents à travers le pays.  

Ce contexte place plusieurs communautés sous le contrôle paramilitaire et des belligérants, de manière plus importante les zones rurales défavorisées, dans une situation où persiste l’accès précaire aux mécanismes légaux efficaces et aux services publics. 

De façon générale, nous pouvons affirmer qu’une grande partie du département de Norte Santander demeure une zone rouge en terme de sécurité et, par conséquent, les perceptions et les recommandations des femmes affectées par cette situation peuvent constituer un apport notable pour la construction de la paix en Colombie. Les femmes du Catatumbo qui ont participé aux processus de sensibilisation d’ASFC nous ont d’ailleurs indiqué que le niveau de violence, résultat des combats et de l’absence de l’État, maintient la région dans un état de terreur permanent.


César

Le César est un département de la Colombie situé au nord-est du pays. Il partage une frontière avec La Guajira, le département le plus au nord du pays, tout près de la côte caraïbe, ainsi qu’avec le Venezuela. Le César compte quatre grandes régions géographiques : au nord, la Sierra Nevada de Santa Marta, à l’ouest la Serranía de Perijá qui fait partie des Andes, au sud les marécages qui entourent le fleuve Magdalena et finalement les plaines fertiles des trois fleuves qui traversent la région. Selon les chiffres du recensement de l’institut DANE, la population du César en 2018 est de 1 065 673 d’habitants.

Les principaux secteurs économiques du César sont l’agroalimentaire, les services et l’exploitation des mines de charbon, activité ayant attiré plusieurs entreprises étrangères.

Le département du César a été au fil des années le théâtre de luttes entre plusieurs groupes armés. Le scénario s’étant déroulé dans plusieurs régions de la Colombie s’est également produit ici : dans le cadre de la lutte des paysans en faveur de la réforme agraire et la diminution des inégalités, les belligérants (FARC, M-19, ELN, ELP) se sont organisés et sont venue leur prêter main-forte. Les propriétaires terriens et les hommes d’affaires s’y sont opposés en créant des services de sécurité privée. De la même façon, à la fin des années 90, les groupes paramilitaires sont arrivés sur le territoire afin de déloger la guérilla, dans un contexte de lutte contre l’insurrection et l’idéologie « de gauche ».

Au début, les paramilitaires ont opté pour la séquestration de membres de la famille et de personne liées à la guérilla. Ensuite, l’exploitation des mines de charbon par des entreprises étrangères et l’exploitation de mines illégales par les paramilitaires a apporté une nouvelle vague de violence entre ces derniers et la guérilla. D’un côté, la guérilla séquestrait des politiciens, des hommes d’affaires, des employés des mines et des propriétaires terriens. De l’autre, les paramilitaires et l’armée nationale colombienne séquestraient et assassinaient des paysans et des leaders sociaux et syndicaux (y compris des syndicats miniers) qu’ils accusaient d’être liés aux belligérants.

Dans plusieurs régions du César, les menaces de la guérilla envers les grands propriétaires terriens furent telles que ceux-ci décidèrent d'abandonner la zone. Plusieurs groupes de paysans reprirent alors les propriétés pour leurs propres cultures. Associant les mouvements paysans avec les mouvements insurgeant et désireux de posséder les terres pour exploiter les gisements de charbon qui s’y trouvaient, les paramilitaires, à leur tour, menacèrent et firent pression sur les petits agriculteurs afin qu’ils quittent les terres. Plusieurs paysans, épuisés, furent ainsi déplacés.

Ainsi, le César compte l’un des taux les plus élevés de personnes déplacées du pays. Selon les chiffres de l’Unité pour les victimes (Unidad para las víctimas), plus de 397 090 personnes de ce département ont été déplacées, ce qui correspond à presque 40 % de la population. De ce nombre, on estime que la moitié sont des femmes.

En raison des pratiques de combat des groupes armés, paramilitaires comme belligérants, les femmes de cette région ont été victimes de violences physiques, morales et sexuelles dans le cadre du conflit. Plusieurs ont perdu des êtres chers et sont devenues chefs de famille célibataires. De plus, une recrudescence des cas de féminicide, de violence conjugale et de violences sexuelles a été observée dans les dernières années au César.

La présence de groupes paramilitaires au César demeure importante aujourd’hui. En effet, on note une recrudescence de la violence et des menaces perpétrées à l’encontre des leaders d’organisations de la société civile et de mouvements communautaires, paralysant ainsi les processus de rétablissement de la paix dans cette région.

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